Je filme, tu filmes, il filme |
07.05.2012

Avant, lorsqu'on était témoin d'un événement, on le racontait à ses amis. Aujourd'hui, on le filme et on le partage sur Facebook. C'est surtout vrai chez les jeunes.
Une étude récente menée auprès de 799 jeunes Américains confirme cette tendance (qui s'observe aussi chez les jeunes Canadiens). Réalisée entre avril et juin 2011, la recherche menée par le Pew Research Center's Internet & American Life Project révèle que 27% des internautes âgés de 12 à 17 ans enregistrent et téléchargent des vidéos sur l'internet. Les auteurs de l'étude notent que, contrairement à 2006, année où les garçons étaient plus nombreux que les filles à se livrer à cette activité, il y a désormais autant de filles actives dans ce domaine que de garçons. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette augmentation n'est pas liée à la popularité des téléphones cellulaires et intelligents. Les jeunes qui n'ont ni l'un ni l'autre filment tout autant, avec un appareil photo numérique, par exemple, et téléchargent leurs films sur leur ordinateur.
Cette tendance à tout filmer - qui s'observe, dans une moindre mesure, dans le reste de la population - a une répercussion dans le monde des médias. Ce n'est pas d'hier que les chaînes de télévision achètent des vidéos amateurs de catastrophes naturelles. Sauf qu'aujourd'hui, le phénomène s'est institutionnalisé. Qu'on pense à Mon topo, à TVA, ou à la section vidéo de iReport sur CNN, la quantité et la qualité des vidéos amateurs s'est améliorée. Tsunami au Japon, affrontements sur la place Tahrir: les vidéos amateurs font désormais partie de notre réalité médiatique.
C'est dans ce contexte qu'il faut situer les images de l'incident entre un groupe de jeunes et un chauffeur de taxi la semaine dernière. Dans la nuit du 28 au 29 avril, au coin de la rue Rachel et du boulevard Saint-Laurent, les résidants entendent des cris et des crissements de pneus. Un homme sort sur son balcon et voit la scène. Quel est son premier réflexe? Prendre son téléphone et filmer. Le cinéaste en question se nomme Jonathan Himsworth. Sur son blogue (gotgingham.blogspot.ca/), il se décrit comme un artiste, activiste et ancien journaliste. Il écrit que lorsqu'il a filmé ces images, il ne portait aucun jugement moral. Il précise aussi que, s'il a rendu cette vidéo publique sur YouTube, c'est parce qu'il sentait bien que son intérêt dépassait le simple voyeurisme. La scène qui se déroulait sous ses yeux était d'intérêt public.
Les images de Himsworth ont fait le tour des médias: CBC, CTV, Global, Huffington Post, La Presse et même CNN, aux États-Unis. Elles seront citées en preuve au procès du chauffeur de taxi. Même le juge en a fait mention lors de la comparution de l'accusé.
Les images de Jonathan Himsworth vont peut-être changer le cours des événements. Il était là où aucun journaliste ne se trouvait et ces images ont une valeur à cause de cela. C'est ce qu'on appelle du journalisme-citoyen. Cette appellation a longtemps fait peur aux journalistes professionnels qui se voyaient déjà remplacés par une horde de quidams. Or, ce n'est pas ce qui s'est passé. Le journalisme citoyen a en fait enrichi le travail journalistique en lui fournissant une matière brute (dans ce cas-ci des images) à partir de laquelle les journalistes professionnels ont pu faire leur boulot, c'est-à-dire essayer de comprendre ces images, vérifier l'information, mettre en contexte ce qui s'est vraiment produit.
Ce qui semblait au départ menaçant aux yeux des journalistes est finalement devenu une pièce de plus dans leur coffre à outils. Et si les statistiques disent la vérité et que la tendance se confirme, cette réalité sera encore plus présente dans les années à venir.
Source : Lapresse.ca
Cabbies should be trained to handle conflict |
07.05.2012
The drivers are left to their own devices when it comes to unruly passengers.Support and education would help
These images from youtube show taxi driver Guercy Edmond running over a man with his cab after an altercation with a crowd early Sunday April 29, 2012 on the corner of Rachel and St. Laurent in Montreal. The 23-year-old victim is in hospital. Judge Jean-Pierre Boyer took the crown to task for detaining taxi driver Guercy Edmond "unjustifiably" for four days. Boyer particularly criticized crown prosecutor Josiane Laplante for having not yet viewed the viral videos of the altercation, caught on cellphones and posted to YouTube. Boyer released Edmond on a $3,000 promissory note and conditions.
Photograph by: taken from YouTube
The disturbing altercation recently caught on video between a Montreal taxi driver and a group of young men – involving vandalism of the vehicle, serious injury to one of the men and the arrest of the driver in question – has led to calls for increased safety measures to protect taxi drivers. The Gazette editorial of May 4 (“Unsafe streets for Montreal taxi drivers”) suggested Plexiglas barriers and/or cameras installed in cabs, as well as panic buttons and/or flashing 911 lights.
While these ideas certainly have merit, it is difficult to see how Plexiglas screens or cameras would have fundamentally altered the course of events in this case, since the men in question were outside the vehicle soon after the incident began on April 29 at 4 a.m.
It seems to me that there is a more fundamental question here: how is it possible that a veteran taxi driver, a middle-aged family man with no record of violence, managed to find himself in such a situation, with such disastrous consequences for himself and others?
And what can be done to prevent such incidents from occurring in the future?
I have been involved in the Montreal taxi industry for the last 35 years, and this is not the first such incident I have encountered, although it is by far the most serious in terms of its consequences. In fact, these kinds of conflicts occur all the time. (As a working taxi driver 30 years ago, I recall being involved in more than one such dispute myself.)
Far too many of these incidents degenerate into ugly disputes, sometimes involving vandalism, sometimes injury, sometimes criminal charges. Almost all begin, like this one, with an argument over a fare. Drugs or alcohol are often, but not always, a factor.
The driver involved usually sees himself as the victim. He always expresses surprise that the incident degenerated to the extent that it did. He did not see it coming.
Yet the reality is that in almost all these cases, including the incident of April 29, it is possible to identify ways in which the driver could have acted differently and avoided most or all of the disastrous consequences of the altercation, starting with the initial dispute over the fare, and including the possibility of leaving the scene before things get worse.
It is not my intention to cast blame on drivers for these incidents. Far from it. The reality is that taxi drivers, in my experience, are a hard-working, good-natured, decent group of guys (in Montreal, the vast majority are men). They have no guaranteed minimum income, no group insurance, no pension plan and no vacations – none of those things that most working people take for granted. They are left alone on the streets of the city in what is admittedly one of the most dangerous of occupations, with no support system of any kind. They are required by law to pick up anyone and everyone, and follow their directions.
Most importantly, they are provided with no training in how to deal with difficult situations that inevitably happen from time to time: how to minimize and avoid conflict with customers; how to defuse conflict when it arises; or how to protect themselves and others when this is not possible. Instead, they are thrust unprepared into such situations, and left to their own devices to deal with the problem as best they can.
What taxi drivers need above all is support. In my view, they need a publicly financed training program to provide them with the tools they need to help them do their job professionally, and assure their own safety and that of the public. Any driving instructor will tell you that while airbags and seat belts are a good idea, defensive-driving knowledge is the key to road safety. Similarly, panic buttons and 911 lights should probably be installed, but proper driver training will help avoid most of these situations and increase safety for everyone.
The good news is that the Quebec transport ministry and the Montreal Taxi Bureau are in the process of developing a comprehensive continuing-education program for taxi drivers. In light of recent events, those in charge would be well advised to make conflict-management and safety issues a high priority in the design and planning of this program. It would certainly cost a great deal less than the $8.5 million the Société de transport de Montréal spent on safety equipment in buses, and would be an excellent and responsible use of public funds.
Source: The Montreal Gazette
ARRÊT SUR L’IMAGE |
05.05.2012

Un conducteur de taxi roule sur l’un de ses jeunes agresseurs le blessant grièvement. Qui est fautif ? La vidéo amateur s’invite maintenant dans les tribunaux. Déjà, des milliers d’internautes ont scruté et commenté les images tristement célèbres de l’incident.
« Saute dessus ! Saute dessus ! » crie un jeune vidéaste amateur qui s’amuse visiblement de la scène qu’il filme.
Sous ses yeux, un chauffeur de taxi dont le véhicule est rué de coups par ses jeunes amis, fuit en roulant sur l’un d’eux, Benoît Kapelli, âgé de 23 ans.
De sa fenêtre, Jonathan Himsworth a aussi filmé les événements survenus, dimanche dernier, au coin des rues Rachel et St-Laurent. Sur YouTube, ses images indigneront le Québec.
« C’est la chose la plus choquante que j’ai jamais enregistrée », écrit sur son blogue celui qui se décrit comme un « fan de journalisme ».
De son côté, le chauffeur de 47 ans, Guercy Edmond, affirme avoir eu peur pour sa vie. Il raconte avoir alerté les policiers quelques rues plus loin.
« Sauvez-moi ! Un groupe d’individus vient de briser ma voiture et ils veulent me tuer », aurait-il crié, complètement affolé.
Légitime défense ? Intention coupable ou accident ? Ces questions seront soumises à un tribunal. Le conducteur a été formellement accusé de voies de fait graves, de conduite dangereuse causant des lésions corporelles, de délit de fuite et de voies de fait armées, son automobile étant considérée comme une arme.
Filmer tout ce qui bouge
Sans les images captées par desnvidéastes amateurs, il aurait été beaucoup plus difficile pour l’accusé de prouver qu’il a été agressé, souligne une avocate criminaliste. « Pour l’accusé, c’est merveilleux. Ces images représentent une preuve directe où il est clair qu’il se fait agresser », affirme Me Julie Couture. Le juge Jean-Pierre Boyer, qui a ordonné la remise en liberté de Guercy Edmond, a qualifié sa détention de « scandaleuse », en reprochant du même souffle à la procureure de la Couronne que des accusations aient été déposées sans que les procureurs aient vu les images.
À l’ère des cellulaires qui filment tout ce qui bouge, les tribunaux seront appelés à travailler de plus en plus avec les preuves vidéo. « Ça commence, mais ce n’est pas complètement nouveau, on avait déjà les vidéos de vol à l’étalage ou de vols dans les dépanneurs. Une preuve claire, ça peut faciliter notre travail », ajoute Me Couture.
L’effet YouTube
Par contre, Catherine Rossi, professeure de criminologie à l’Université de Montréal, se méfie du poids de l’image, notamment sur YouTube, dont l’effet est celui d’un premier tribunal sur la place publique.
« Il y a quelques années, nous n’aurions pas pu juger des images. Aujourd’hui, on a tous l’impression d’avoir été là, tout le monde peut juger et c’est très dangereux », argue-t-elle.
La séquence, qui a été vue par des milliers de personnes, a un pouvoir de fascination irrésistible sur le spectateur, mais également sur celui qui tient la caméra, souligne l’éthicien René Villemure.
« Ça a un côté voyeur dépourvu d’éthique. La caméra du gars qui filme une scène aussi troublante de près ne tremble même pas !
Il ne porte pas assistance à une personne en danger; et même quand son ami se fait écraser, il ne tente pas de calmer l’escalade de coups. C’est odieux ! » tranche-t-il.
René Villemure juge plutôt inquiétant l’effet YouTube qui pousse à filmer au lieu d’agir. « Le premier réflexe du vidéaste était de penser à son vidéo sur YouTube et c’est très malsain. »
Si percutantes soient-elles, les images ne montrent pas tout. Selon le détective du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui a témoigné lors de la comparution de l’accusé, avant de se retrouver sous les roues du taxi de Guercy Edmond, Benoît Kapelli aurait frappé le chauffeur, vandalisé son auto et tenu des propos racistes. Le conducteur aurait « délibérément » foncé sur Benoît Kapelli, une première fois, mais a raté sa cible et la voiture a heurté un lampadaire.
L’accusé doit revenir en cour, le 20 juin prochain. D’ici là, le juge a consenti à ne pas restreindre ses heures de travail. Guercy Edmond affirme devoir faire 14 heures de taxi par jour pour arriver à vivre.
Montréal sous tension, mais sécuritaire
« L’incident de ce chauffeur de taxi survient au moment où Montréal est sous tension depuis des mois. Y a-t-il un lien ? La question se pose », croit l’éthicien René Villemure.
Des images aussi fortes d’une altercation entre un chauffeur de taxi et ses jeunes clients peuvent laisser croire que Montréal a perdu un peu de son innocence alors qu’il n’en est rien, soutient Catherine Rossi, professeure de criminologie à l’Université de Montréal.
« Notre perception sociale de la violence est amplifiée par des images diffusées sur YouTube, mais on est complètement dans le champ. On n’a jamais vécu dans une société aussi pacifique, notre taux d’homicide est l’un des plus bas au monde », affirme-t-elle.
Chauffeurs sous pression
Pour les 10 861 conducteurs de taxi qui desservent la métropole, dont 131 femmes, cette histoire n’a rien de rassurant.
« Travailler la nuit est très dangereux », déclarait l’un d’eux au lendemain de la mésaventure qu’a vécue son collègue Guercy Edmond. Cette impression est partagée par 68 % des chauffeurs de taxi qui travaillent la nuit, selon un rapport fourni par le Bureau du Taxi et de remorquage de Montréal.
Ce même document rapporte que des mesures ont permis une importante baisse du nombre de vols qualifiés impliquant des chauffeurs, entre 1986 et 2009, passant de 132 à 57 par année, en moyenne. Trois fois sur quatre, ces vols surviennent entre 22 heures et 6 heures du matin et 1,8 % des chauffeurs sont victimes d’un vol qualifié, soit un incident sur 140 000 courses.
L’environnement de travail montréalais est sécuritaire, indique le rapport et même après 30 ans de pratique, la majorité des chauffeurs ne seront pas victimes de vols.
Source : Journal de Montréal
Taxis: un zoo la nuit |
05.05.2012

Depuis l'incident entre Guercy Edmond et ses passagers, les chauffeurs de taxi se sentent incompris: tous peuvent raconter des courses qui tournent mal.Photo: Bernard Brault, archives La Presse
Comment un taxi peut-il rouler sur l'un de ses passagers? L'accident du boulevard Saint-Laurent et les accusations contre le chauffeur Guercy Edmond ont semé la colère dans le monde du taxi montréalais. Agressions, vols, harcèlement et menaces sont leur pain quotidien, soutiennent-ils. L'un d'entre eux a accepté de nous faire monter une nuit dans sa voiture. «Si je vous racontais tout ce que j'ai vu dans cette voiture, vous ne me croiriez pas», nous avertit Amar. Récit d'une nuit banale dans un taxi.
«Cette job me dégoûte».
Il est 4h, vendredi matin.
Après bien des détours, Amar vient de déposer deux clientes particulièrement éméchées à leur appartement du Plateau Mont-Royal.
Les jeunes femmes, en talons hauts et pantalon moulant, ont multiplié les incivilités durant le trajet.
Avant de quitter bruyamment la voiture, l'une d'elles s'est jetée sur le chauffeur, le caressant et tentant de l'embrasser sous nos yeux. «C'est du harcèlement, il faut appeler un chat un chat», dit-il.
Musulman, marié, père de trois enfants, cet homme de 38 ans semble particulièrement rebuté par la conduite de sa passagère. L'incident n'a rien d'inhabituel, mais il a appris à rester impassible.
«Si j'avais dit non, elle m'aurait dit «fuck you!», elle aurait hurlé, et qui, tu crois, m'aurait cru?»
Il recrache sa fumée de cigarette.
«Alors tu minimises les choses. Et tu manges de la merde.»
***
Depuis l'incident entre Guercy Edmond et ses passagers, les chauffeurs de taxi se sentent incompris: tous peuvent raconter des courses qui tournent mal.
Depuis deux ans, la compagnie Diamond a d'ailleurs équipé ses voitures de GPS et de boutons d'alarme directement liés à la police.
«Psychologiquement, tu sais que tu as une arme», croit Amar.
D'autres sociétés de taxi mettront en place d'ici à la fin du mois de juin l'une des recommandations fortes du Bureau du taxi et équiperont les voitures d'un signal lumineux d'urgence sur le toit.
Le Bureau recense en moyenne 57 vols qualifiés par année. Mais tous les jours, les chauffeurs sont aux prises avec des clients qui partent sans payer, qui urinent sur la banquette, les détroussent.
«Le chauffeur, c'est un thérapeute et en même temps un punching bag», illustre Amar.
Jeudi soir, 22h30.
Amar «maraude»: il roule dans les rues de Montréal à la recherche d'un client.
Au bout d'une heure, une cliente le hèle au centre-ville. En route vers L'Île-des-Soeurs, les cents s'envolent sur le compteur.
La course se termine 20$ plus loin.
L'Île-des-Soeurs baigne dans la pénombre, mais Amar décide d'y rester quelques minutes.
Ici, la clientèle est «propre sur elle» et les problèmes sont minimes, explique Abdullah, un chauffeur que nous croisons. Cet Afghan a vendu des terres dans son pays natal pour s'offrir le permis de taxi (plus de 200 000$). Il travaille de 12 à 14 heures par jour.
«Pas le choix!»
***
Minijupes, casquettes et verres en plastique.
Les six jeunes passagers cueillis au coin de la rue de la Montagne et du boulevard De Maisonneuve sentent l'alcool à plein nez.
Diplomate, Amar leur rappelle qu'ils ne peuvent pas boire dans la voiture.
Hoquetante, une jeune fille questionne lourdement Amar sur l'itinéraire. Dix dollars plus loin, les passagers descendent.
Deux jeunes hommes, âgés d'à peine 20 ans, leur succèdent.
Ils vont à Verdun.
«Comme vous êtes pas d'ici, j'imagine que vous savez pas comment y aller», jette l'un d'eux.
Le chauffeur encaisse poliment et les conduit à bon port, quelques embouteillages et 35$ plus tard.
C'est trop cher, dit l'un des passagers, qui vient de se réveiller.
Amar ne relève pas.
L'autre le convainc de payer. Ils repartent dans la nuit.
***
«Hey, le gros, vomis pas!»
Devant le seul bar de danseuses de l'avenue Papineau, la fin de soirée est dure pour deux amis.
Dans le taxi, l'un s'agrippe à la fenêtre ouverte, l'autre gigote sur son siège, sonde le fond de ses poches à la recherche de pièces.
Sans se retourner, Amar allume le plafonnier. Son passager agité se calme et se cale dans la banquette.
«Il allait tirer ma sacoche», dit plus tard Amar.
Arrivés à destination, les deux compères sortent. L'un s'accroche à la porte et vomit dans le caniveau.
***
«Tabarnak, c'est pas vrai que je vais rentrer bredouille à soir!»
Pour Josiane, avachie contre son amie sur le siège, la soirée n'a pas tenu ses promesses.
Toutes deux déversent leur ivresse et leur mauvaise humeur sur le chauffeur, le tancent, lui lancent des insultes et des regards allumeurs. Il y a de l'électricité dans l'air, et Amar est à peine surpris quand Josiane se jette lourdement à son cou.
Il est 4 h.
***
Boulevard Saint-Laurent, neuf taxis se suivent en file, aussi vides les uns que les autres.
Les boîtes de nuit ont fermé depuis bientôt deux heures. Les clients sont rares.
Les jours de disette, Amar est tellement aux aguets qu'il prend parfois les poteaux pour des clients.
«Je te jure, je prie jour et nuit pour m'en sortir, soupire-t-il. Je voudrais refaire des études, faire une vie décente. Parce que là, je m'abrutis.»
Amar est chauffeur par intermittence depuis 13 ans. Le taxi l'a remis sur le droit chemin. Mais à quel prix?
Ce soir, il rentre à Saint-Léonard avec 45$ dans ses poches, une fois payées la location de sa voiture et l'essence.
«On n'a pas le choix, c'est marche ou crève, dit-il. Mais je ne vais pas lâcher ça pour le BS. Ça non.»
Source : Lapresse.ca
Scandale au Secret Service: une prostituée raconte |
05.05.2012

BOGOTA – Une femme qui affirme être la prostituée colombienne qui a déclenché le scandale impliquant des agents chargés de la protection du président américain en Colombie a affirmé, vendredi, que si elle avait été une espionne et que si des informations sensibles avaient été disponibles, elle aurait pu s’en emparer facilement.
La femme affirme avoir passé cinq heures avec un agent du Secret Service dans une chambre d’hôtel de Carthagène, en Colombie. Elle a déclaré que même si elle avait eu du mal à se faire payer sa course en taxi par l’agent, elle aurait pu obtenir des informations qui auraient pu compromettre la sécurité du président Barack Obama, si l’agent avait eu de telles informations.
«Il a dormi toute la nuit», a déclaré la femme, que son avocat a par la suite identifiée comme étant Dania Londono Suarez. Si j’avais voulu, j’aurais pu fouiller dans tous ses documents, son porte-monnaie, sa valise.»
Elle a estimé que les agents américains impliqués dans le scandale de prostitution en Colombie étaient «stupides d’avoir laissé une telle chose se produire».
«Quand je leur ai dit: “Je vais appeler la police pour que vous me donniez mon argent”, ils n’ont pas semblé dérangés. N’ont-ils pas compris l’ampleur du problème?», a dit la femme lors d’une entrevue de 90 minutes sur la radio colombienne W.
Dania Londono Suarez affirme que son client ne s’est jamais identifié comme un membre de l’agence chargée de la sécurité du président Obama avant son arrivée en Colombie pour le sommet des Amériques, les 14 et 15 avril. Elle n’a rien vu dans la chambre de l’agent qui aurait pu lui donner des indices sur son emploi.
La femme affirme qu’aucun enquêteur américain ne l’a interrogée jusqu’à présent, mais que des reporters se sont présentés chez elle une semaine après l’incident, grâce à un chauffeur de taxi qui les a conduits sur place.
«Ils auraient pu me retrouver n’importe où dans le monde, mais ils ne l’ont pas fait, a-t-elle dit. Si les agents du Secret Service sont des idiots, imaginez les enquêteurs.»
Huit agents du Secret Service ont perdu leur emploi en lien avec ce scandale. Mais rien n’indique que les prostituées impliquées aient des liens avec quelque groupe terroriste que ce soit, selon le représentant américain Peter King, président de la commission sur la sécurité intérieure de la Chambre des représentants.
Dania Londono Suarez a déclaré que l’agent avait accepté de la payer 800 $ US pour ses services. Elle a assuré qu’elle ne se serait jamais plainte publiquement de ne pas avoir été payée si elle avait su que son client était membre de la garde rapprochée du président américain, et si elle avait compris les répercussions que cette histoire aurait sur elle.
«Ma vie est pratiquement détruite, a-t-elle dit. Ma photo se retrouve dans les journaux à potins.»
Sa photo a été reprise sur de nombreux sites Internet depuis qu’un journal l’a retrouvée sur Facebook une semaine après l’incident. Elle affirme avoir fui la Colombie par crainte pour sa vie.
«J’ai peur qu’ils se vengent», a-t-elle dit au sujet des agents du Secret Service.
La prostitution est légale en Colombie. Le nouvel avocat de Mme Londono, Abelardo De la Espriella, a déclaré à l’Associated Press qu’il ne semblait pas y avoir eu d’infraction criminelle dans cet incident.
«Je vais voir de quelle façon je peux l’aider», a dit l’avocat.
Source : Métro Montréal